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đŸŸ Pendant quatre ans, j’ai attendu ma maĂźtresse Ă  l’arrĂȘt de bus
 jusqu’au jour oĂč elle n’est jamais revenue


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Quelques jours plus tard, le chauffeur a appris la vérité.

Ma maĂźtresse avait fait un malaise au travail.

Elle avait Ă©tĂ© victime d’une crise cardiaque et n’avait pas survĂ©cu.

Elle ne rentrerait plus jamais chez elle.

Elle ne reprendrait plus jamais le bus.

Elle ne viendrait plus jamais s’asseoir sur ce banc pour me caresser la tĂȘte.

Les humains ont des mots pour expliquer ces choses-lĂ .

Ils parlent de maladie, de cƓur, d’hîpital et d’adieux.

Mais moi, je ne connaissais qu’une seule vĂ©ritĂ© : ma maĂźtresse avait disparu, et personne ne savait me dire quand elle reviendrait.

Le chauffeur est revenu Ă  l’arrĂȘt ce matin-lĂ .

Il s’est garĂ©, a coupĂ© le moteur et s’est assis sur la premiĂšre marche du bus.

Il m’a regardĂ© longtemps.

Puis il a baissĂ© la tĂȘte.

Je me suis approchĂ© de lui, attirĂ© par l’odeur de nourriture qu’il avait apportĂ©e.

Il a posé une main sur mon dos.

Ses doigts tremblaient légÚrement.

« Elle ne reviendra pas, mon petit
 »

Je ne comprenais pas les mots.

Mais je comprenais son chagrin.

Il avait cette mĂȘme expression que les humains ont lorsqu’ils regardent un endroit qui leur rappelle quelqu’un qu’ils ont perdu.

Il a sorti son repas, en a partagĂ© une partie avec moi et s’est assis Ă  mes cĂŽtĂ©s.

Nous sommes restés silencieux.

Pour la premiĂšre fois depuis des jours, je n’étais pas tout Ă  fait seul.

Pourtant, lorsque le bus est reparti, je suis retourné prÚs du banc.

Je ne pouvais pas faire autrement.

Mon cƓur continuait Ă  attendre ce que ma tĂȘte ne pouvait pas comprendre.

À partir de ce jour, le chauffeur a changĂ© ses habitudes.

Chaque matin, il emportait un peu plus de nourriture que nécessaire.

Il gardait une bouteille d’eau pour moi et vĂ©rifiait que j’avais quelque chose Ă  manger.

Le soir, lorsqu’il terminait sa tournĂ©e, il revenait parfois s’asseoir quelques minutes prĂšs du banc.

Il me parlait de sa journée.

Il me racontait les passagers qu’il avait transportĂ©s, les embouteillages, la pluie et les petits incidents de son trajet.

Je ne comprenais pas toutes ses histoires.

Mais j’aimais sa voix.

Elle me rappelait un peu celle de ma maütresse lorsqu’elle me parlait en rentrant du travail.

Certains jours, il arrivait avec des biscuits.

D’autres fois, il apportait un morceau de viande ou de la nourriture pour chien.

Il attendait que je mange avant de repartir.

Et chaque fois qu’il devait me quitter, il regardait le banc avec une expression douloureuse.

Il savait pourquoi je restais lĂ .

Il savait que je ne cherchais pas simplement un abri.

J’attendais quelqu’un que j’aimais.

Les jours sont devenus des semaines.

La pluie a mouillé mon pelage.

Le vent s’est glissĂ© sous mes pattes.

Parfois, je m’endormais le museau posĂ© contre le pied du banc. D’autres fois, je me rĂ©veillais brusquement en croyant entendre les pas de ma maĂźtresse.

Je relevais la tĂȘte.

Je regardais la rue.

Puis je comprenais.

Elle n’était toujours pas lĂ .

Le chauffeur continuait de venir.

MĂȘme lorsqu’il Ă©tait pressĂ©.

MĂȘme lorsqu’il avait l’air Ă©puisĂ©.

Il s’asseyait prùs de moi dùs qu’il le pouvait.

Il ne me demandait plus de le suivre.

Il ne tirait plus sur la laisse.

Il avait compris que je n’étais pas prĂȘt.

Alors il faisait la seule chose qu’il pouvait faire : il restait.

Et petit Ă  petit, sans que je m’en rende compte, sa prĂ©sence est devenue une partie de mes journĂ©es.


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