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đŸŸ Pendant quatre ans, j’ai attendu ma maĂźtresse Ă  l’arrĂȘt de bus
 jusqu’au jour oĂč elle n’est jamais revenue


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Chaque matin, pendant quatre longues annĂ©es, je marchais aux cĂŽtĂ©s de ma maĂźtresse jusqu’au mĂȘme arrĂȘt de bus.

Elle avançait lentement, son sac Ă  la main, tandis que je trottinais prĂšs de ses jambes. Parfois, elle me parlait comme si j’étais la seule personne capable de comprendre ses pensĂ©es. D’autres fois, elle se contentait de poser sa main sur ma tĂȘte et de sourire.

Pour moi, ce trajet Ă©tait bien plus qu’une simple promenade.

C’était notre rituel.

Je savais Ă  quel moment elle ralentissait devant la boulangerie. Je connaissais le bruit de ses chaussures sur le trottoir et la façon dont elle ajustait son Ă©charpe avant de s’asseoir sur le banc.

Elle travaillait Ă  la bibliothĂšque municipale. Chaque matin, elle prenait le bus pour rejoindre les livres qu’elle aimait tant, les Ă©tagĂšres silencieuses et les lecteurs qui venaient lui demander conseil.

Moi, je restais lĂ .

Je m’installais prĂšs du banc, les pattes bien rangĂ©es sous mon ventre, et je regardais le bus s’éloigner.

Elle se retournait toujours une derniĂšre fois.

« À ce soir, mon petit compagnon. Tu m’attends, hein ? »

Je remuais la queue.

Bien sĂ»r que je l’attendais.

OĂč aurais-je pu aller ?

Ma vie était là, dans cette petite rue, sur ce trottoir, à cÎté de ce banc usé par les années.

Et surtout, ma vie était avec elle.

Je ne savais pas lire l’heure, mais je reconnaissais le moment oĂč le soleil commençait Ă  descendre derriĂšre les immeubles. Je savais que bientĂŽt, j’entendrais le grondement familier du bus qui la ramĂšnerait.

Alors je me levais.

Je tendais le cou.

Et lorsque je reconnaissais sa silhouette parmi les passagers, ma queue se mettait Ă  battre l’air avec une Ă©nergie que mes vieilles pattes ne parvenaient plus toujours Ă  suivre.

Elle descendait, se penchait vers moi et me caressait les oreilles.

Puis nous rentrions ensemble.

Chaque soir.

Pendant quatre ans.

Je pensais que rien ne pourrait jamais changer cela.

Je ne savais pas qu’un matin ordinaire allait devenir le dernier matin oĂč je la verrais.

Ce jour-là, quelque chose était différent.

Je l’avais senti dĂšs le rĂ©veil.

Ma maĂźtresse avait mis plus de temps Ă  sortir de son lit. Lorsqu’elle s’était levĂ©e, elle avait gardĂ© une main contre le bord de la table, comme si ses jambes avaient besoin d’un instant pour retrouver leur force.

Elle avait l’air fatiguĂ©e.

Plus fatiguĂ©e que d’habitude.

Je m’étais approchĂ© d’elle et j’avais posĂ© mon museau contre sa main.

Elle avait souri.

« Ça va, mon petit. Ne t’inquiĂšte pas. »

Mais sa voix semblait plus faible.

Pendant qu’elle prĂ©parait ses affaires, je l’avais suivie partout. Je me tenais prĂšs de ses chaussures, je regardais ses mains et je cherchais son regard.

Elle s’était finalement accroupie devant moi.

Ses doigts avaient glissĂ© sur ma tĂȘte, lentement, comme lorsqu’elle voulait me rassurer.

« On va faire notre petite promenade, et aprÚs, je rentrerai. »

J’avais remuĂ© la queue.

Je ne comprenais pas pourquoi elle me parlait avec autant de douceur ce matin-lĂ .

Je ne savais pas que les humains peuvent parfois sentir leur corps leur échapper sans comprendre immédiatement ce qui leur arrive.

Je savais seulement qu’elle Ă©tait ma personne.

Alors je me suis levĂ© et je l’ai accompagnĂ©e.

Le trajet nous a paru plus long que d’habitude. Elle avançait lentement, s’arrĂȘtant parfois quelques secondes. J’aurais voulu lui demander de rentrer Ă  la maison, de s’allonger, de rester prĂšs de moi.

Mais je ne connaissais pas les mots pour le faire.

ArrivĂ©s Ă  l’arrĂȘt, elle s’est assise sur le banc.

Je me suis installé à ses pieds.

Elle a passé une main sur mon dos, puis elle a déposé un baiser sur mon front.

« Sois sage. Je reviens ce soir. »

J’ai levĂ© les yeux vers elle.

Elle m’a souri une derniùre fois.

Puis le bus est arrivé.

Les portes se sont ouvertes dans un souffle.

Elle s’est levĂ©e avec difficultĂ©, a montĂ© les marches et a disparu derriĂšre les vitres.

Comme toujours, je suis resté prÚs du banc.

Je pensais qu’il me suffisait d’attendre quelques heures.

Je pensais que le soir arriverait, que le bus s’arrĂȘterait et que je retrouverais ma maĂźtresse.

Je pensais que notre vie continuerait exactement comme avant.

Mais ce soir-là, le bus est arrivé sans elle.


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