Au dĂ©but, je nâai pas compris.
Les portes du bus se sont ouvertes.
Des gens sont descendus.
Certains marchaient vite, dâautres regardaient leur tĂ©lĂ©phone, et quelques-uns se sont arrĂȘtĂ©s pour discuter.
Jâai observĂ© chaque visage.
Puis les portes se sont refermées.
Le bus est reparti.
Ma maĂźtresse nâĂ©tait pas lĂ .
Je me suis dit quâelle avait peut-ĂȘtre ratĂ© celui-ci. Cela arrivait parfois aux humains. Ils se trompaient dâhoraire, restaient plus longtemps au travail ou sâarrĂȘtaient quelque part avant de rentrer.
Alors je me suis recouché prÚs du banc.
Jâai attendu le bus suivant.
Quand il est arrivĂ©, jâai redressĂ© les oreilles.
Jâai regardĂ© les passagers descendre un par un.
Mais elle nâĂ©tait toujours pas lĂ .
La lumiÚre a commencé à disparaßtre derriÚre les bùtiments.
Le vent sâest levĂ©.
Les passants sont devenus moins nombreux.
Je me suis rapproché du banc pour me protéger du froid.
Un homme est descendu du bus et sâest arrĂȘtĂ© en me voyant.
CâĂ©tait le chauffeur.
Je le connaissais.
Pendant des annĂ©es, il avait vu ma maĂźtresse monter dans son bus chaque matin. Il mâavait souvent adressĂ© un petit signe de la main en passant prĂšs du trottoir.
Ce soir-là , il a regardé autour de lui.
Puis il a regardé ma place vide.
« Elle nâest pas encore revenue ? »
Jâai remuĂ© la queue en le voyant sâapprocher.
Peut-ĂȘtre savait-il oĂč elle Ă©tait.
Peut-ĂȘtre allait-il mâemmener jusquâĂ elle.
Mais il sâest simplement accroupi et a sorti quelques biscuits de son sac.
Il les a déposés devant moi.
Jâai reniflĂ© la nourriture, mais je nâai pas eu trĂšs faim.
Je voulais ma maĂźtresse.
Le chauffeur est restĂ© un instant prĂšs de moi. Il mâa caressĂ© doucement derriĂšre les oreilles, puis il a dĂ» reprendre sa tournĂ©e.
Avant de repartir, il sâest retournĂ© une derniĂšre fois.
Je le regardais sâĂ©loigner.
Je ne savais pas pourquoi son visage semblait si triste.
Je ne savais pas pourquoi il avait pris le temps de sâasseoir prĂšs de moi.
Je savais seulement que la nuit tombait et que ma maĂźtresse nâĂ©tait toujours pas rentrĂ©e.
Alors jâai posĂ© ma tĂȘte sur mes pattes.
Et jâai attendu encore.
Le lendemain matin, je me trouvais toujours au mĂȘme endroit.
Jâavais dormi par petits moments, rĂ©veillĂ© par les moteurs, les pas et les bruits de la rue. Chaque fois quâun vĂ©hicule ralentissait prĂšs du trottoir, je relevais la tĂȘte.
Chaque fois quâune femme descendait du bus, mon cĆur semblait se rĂ©veiller.
Mais aucune nâĂ©tait ma maĂźtresse.
Le chauffeur mâa retrouvĂ© au dĂ©but de sa tournĂ©e.
Il a arrĂȘtĂ© le bus un peu plus longtemps que dâhabitude et a ouvert les portes.
« Tu es encore là , mon pauvre petit⊠»
Je me suis levé.
Jâai regardĂ© derriĂšre lui.
Je cherchais la silhouette familiĂšre, le sac quâelle portait chaque matin, le sourire que je connaissais par cĆur.
Il nây avait personne.
Le chauffeur sâest approchĂ© et mâa offert de lâeau et de la nourriture.
Cette fois, jâai mangĂ© quelques bouchĂ©es.
Puis je suis retournĂ© mâasseoir prĂšs du banc.
Les heures ont passé.
Des personnes se sont arrĂȘtĂ©es pour me regarder. Une femme a essayĂ© de mâattirer vers elle. Un homme mâa proposĂ© de le suivre jusquâĂ sa voiture.
Je nâai pas bougĂ©.
Je ne voulais pas partir.
Ma maĂźtresse mâavait dit quâelle reviendrait.
Et si je quittais cet endroit, comment pourrait-elle me retrouver ?
CâĂ©tait ici quâelle mâavait laissĂ©.
CâĂ©tait ici que je devais lâattendre.
Plus tard, des personnes chargĂ©es de protĂ©ger les animaux sont venues. Elles se sont approchĂ©es avec douceur, ont essayĂ© de me parler et mâont proposĂ© de me conduire dans un endroit chaud.
Mais dĂšs quâelles tentaient de mâĂ©loigner du banc, je reculais.
Je tirais doucement sur la laisse.
Je retournais vers ma place.
Elles ne comprenaient pas.
Elles voyaient un chien qui refusait dâĂȘtre aidĂ©.
Moi, je voyais le dernier endroit oĂč ma maĂźtresse mâavait regardĂ© dans les yeux.
Je ne pouvais pas abandonner cet endroit.
Pas encore.
Pas tant que je nâavais pas compris pourquoi elle nâĂ©tait pas revenue.
