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đŸŸ Pendant quatre ans, j’ai attendu ma maĂźtresse Ă  l’arrĂȘt de bus
 jusqu’au jour oĂč elle n’est jamais revenue


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Au dĂ©but, je n’ai pas compris.

Les portes du bus se sont ouvertes.

Des gens sont descendus.

Certains marchaient vite, d’autres regardaient leur tĂ©lĂ©phone, et quelques-uns se sont arrĂȘtĂ©s pour discuter.

J’ai observĂ© chaque visage.

Puis les portes se sont refermées.

Le bus est reparti.

Ma maĂźtresse n’était pas lĂ .

Je me suis dit qu’elle avait peut-ĂȘtre ratĂ© celui-ci. Cela arrivait parfois aux humains. Ils se trompaient d’horaire, restaient plus longtemps au travail ou s’arrĂȘtaient quelque part avant de rentrer.

Alors je me suis recouché prÚs du banc.

J’ai attendu le bus suivant.

Quand il est arrivĂ©, j’ai redressĂ© les oreilles.

J’ai regardĂ© les passagers descendre un par un.

Mais elle n’était toujours pas lĂ .

La lumiÚre a commencé à disparaßtre derriÚre les bùtiments.

Le vent s’est levĂ©.

Les passants sont devenus moins nombreux.

Je me suis rapproché du banc pour me protéger du froid.

Un homme est descendu du bus et s’est arrĂȘtĂ© en me voyant.

C’était le chauffeur.

Je le connaissais.

Pendant des annĂ©es, il avait vu ma maĂźtresse monter dans son bus chaque matin. Il m’avait souvent adressĂ© un petit signe de la main en passant prĂšs du trottoir.

Ce soir-là, il a regardé autour de lui.

Puis il a regardé ma place vide.

« Elle n’est pas encore revenue ? »

J’ai remuĂ© la queue en le voyant s’approcher.

Peut-ĂȘtre savait-il oĂč elle Ă©tait.

Peut-ĂȘtre allait-il m’emmener jusqu’à elle.

Mais il s’est simplement accroupi et a sorti quelques biscuits de son sac.

Il les a déposés devant moi.

J’ai reniflĂ© la nourriture, mais je n’ai pas eu trĂšs faim.

Je voulais ma maĂźtresse.

Le chauffeur est restĂ© un instant prĂšs de moi. Il m’a caressĂ© doucement derriĂšre les oreilles, puis il a dĂ» reprendre sa tournĂ©e.

Avant de repartir, il s’est retournĂ© une derniĂšre fois.

Je le regardais s’éloigner.

Je ne savais pas pourquoi son visage semblait si triste.

Je ne savais pas pourquoi il avait pris le temps de s’asseoir prùs de moi.

Je savais seulement que la nuit tombait et que ma maĂźtresse n’était toujours pas rentrĂ©e.

Alors j’ai posĂ© ma tĂȘte sur mes pattes.

Et j’ai attendu encore.

Le lendemain matin, je me trouvais toujours au mĂȘme endroit.

J’avais dormi par petits moments, rĂ©veillĂ© par les moteurs, les pas et les bruits de la rue. Chaque fois qu’un vĂ©hicule ralentissait prĂšs du trottoir, je relevais la tĂȘte.

Chaque fois qu’une femme descendait du bus, mon cƓur semblait se rĂ©veiller.

Mais aucune n’était ma maĂźtresse.

Le chauffeur m’a retrouvĂ© au dĂ©but de sa tournĂ©e.

Il a arrĂȘtĂ© le bus un peu plus longtemps que d’habitude et a ouvert les portes.

« Tu es encore lĂ , mon pauvre petit
 »

Je me suis levé.

J’ai regardĂ© derriĂšre lui.

Je cherchais la silhouette familiùre, le sac qu’elle portait chaque matin, le sourire que je connaissais par cƓur.

Il n’y avait personne.

Le chauffeur s’est approchĂ© et m’a offert de l’eau et de la nourriture.

Cette fois, j’ai mangĂ© quelques bouchĂ©es.

Puis je suis retournĂ© m’asseoir prĂšs du banc.

Les heures ont passé.

Des personnes se sont arrĂȘtĂ©es pour me regarder. Une femme a essayĂ© de m’attirer vers elle. Un homme m’a proposĂ© de le suivre jusqu’à sa voiture.

Je n’ai pas bougĂ©.

Je ne voulais pas partir.

Ma maütresse m’avait dit qu’elle reviendrait.

Et si je quittais cet endroit, comment pourrait-elle me retrouver ?

C’était ici qu’elle m’avait laissĂ©.

C’était ici que je devais l’attendre.

Plus tard, des personnes chargĂ©es de protĂ©ger les animaux sont venues. Elles se sont approchĂ©es avec douceur, ont essayĂ© de me parler et m’ont proposĂ© de me conduire dans un endroit chaud.

Mais dĂšs qu’elles tentaient de m’éloigner du banc, je reculais.

Je tirais doucement sur la laisse.

Je retournais vers ma place.

Elles ne comprenaient pas.

Elles voyaient un chien qui refusait d’ĂȘtre aidĂ©.

Moi, je voyais le dernier endroit oĂč ma maĂźtresse m’avait regardĂ© dans les yeux.

Je ne pouvais pas abandonner cet endroit.

Pas encore.

Pas tant que je n’avais pas compris pourquoi elle n’était pas revenue.


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