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đŸŸ Pendant quatre ans, j’ai attendu ma maĂźtresse Ă  l’arrĂȘt de bus
 jusqu’au jour oĂč elle n’est jamais revenue


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Kl
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Un matin, quelque chose a changé.

Le ciel Ă©tait gris et l’air sentait la pluie.

J’étais couchĂ© prĂšs du banc lorsque j’ai entendu le moteur familier du bus.

Le véhicule a ralenti.

Les freins ont sifflé.

Les portes se sont ouvertes.

Comme toujours, j’ai levĂ© la tĂȘte.

Mais cette fois, je n’ai pas regardĂ© uniquement la rue derriĂšre le chauffeur.

J’ai regardĂ© l’homme lui-mĂȘme.

Il est descendu avec son sac et s’est approchĂ© de moi.

« Bonjour, mon petit. Comment tu vas aujourd’hui ? »

Il a sorti quelques morceaux de nourriture et les a déposés prÚs de mes pattes.

J’ai reniflĂ© les biscuits.

Puis j’ai regardĂ© sa main.

Cette main m’avait donnĂ© Ă  manger lorsque je n’avais plus rien.

Elle m’avait caressĂ© lorsque je ne savais plus oĂč chercher du rĂ©confort.

Elle était restée prÚs de moi alors que tous les autres finissaient par repartir.

Je me suis redressé.

Mes jambes étaient un peu raides.

J’ai fait un pas.

Puis un autre.

Le chauffeur s’est immobilisĂ©, comme s’il avait peur de me faire changer d’avis.

Je me suis approché de lui.

Il a tendu doucement la main.

Et alors


J’ai posĂ© ma patte sur ses doigts.

Un geste minuscule.

Presque rien.

Mais pour moi, c’était immense.

Pendant des semaines, je n’avais acceptĂ© qu’une chose : attendre.

Ce matin-là, pour la premiùre fois, j’ai choisi de faire un pas vers quelqu’un d’autre.

Le chauffeur a baissé les yeux vers ma patte.

Ses lÚvres ont tremblé.

Puis ses yeux se sont remplis de larmes.

« Oh, mon petit
 Tu veux venir avec moi ? »

Je ne connaissais pas la réponse à cette question.

Je savais seulement que sa main était chaude.

Qu’il ne me faisait pas peur.

Et que, depuis plusieurs semaines, il revenait toujours.

Le chauffeur s’est accroupi et m’a laissĂ© le temps de rĂ©flĂ©chir.

Il ne m’a pas soulevĂ© brusquement.

Il ne m’a pas tirĂ© vers le bus.

Il a simplement attendu, comme ma maütresse avait attendu autrefois que je m’approche d’elle.

Puis il a ouvert doucement les portes du véhicule.

J’ai regardĂ© l’intĂ©rieur.

Il y avait une odeur de tissu, de métal et de chauffage.

C’était un endroit inconnu.

J’aurais pu reculer.

J’aurais pu retourner prùs du banc.

Mais le chauffeur s’est assis sur la premiùre marche et m’a tendu la main.

Alors j’ai avancĂ©.

Une patte aprùs l’autre.

Je suis monté dans le bus.

Il m’a installĂ© dans un endroit calme, avec une couverture et de l’eau. Avant de partir, il a pris le temps de s’assurer que je pouvais voyager sans danger.

Ce jour-là, il ne m’a pas seulement offert un repas.

Il m’a offert une possibilitĂ©.

Celle de dĂ©couvrir un endroit oĂč je n’aurais plus besoin d’attendre toute la journĂ©e.

Les jours suivants, il s’est occupĂ© des dĂ©marches nĂ©cessaires pour m’accueillir chez lui. Il a fait vĂ©rifier mon Ă©tat de santĂ© et s’est assurĂ© que je pourrais vivre en sĂ©curitĂ© dans sa maison.

Je ne savais pas encore ce que signifiait avoir un nouveau foyer.

Je ne savais pas oĂč serait mon panier, ni quel coin deviendrait mon endroit prĂ©fĂ©rĂ©.

Mais j’ai dĂ©couvert une chose : le soir, lorsque le chauffeur rentrait, il Ă©tait lĂ .

Il posait ses affaires.

Il me préparait à manger.

Puis il s’asseyait prùs de moi.

Et parfois, il me parlait de la vieille dame qui prenait le bus chaque matin.

Il ne l’avait pas oubliĂ©e.

Moi non plus.


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