La dernière nuit de Clare fut calme, mais lourde de tristesse.
La maison semblait retenir son souffle.
David était assis près du lit, épuisé par les jours et les nuits passés à veiller sur sa femme. Je m’étais installé contre Clare, aussi près que possible, tandis que sa main reposait doucement sur ma fourrure.
Elle me caressa une dernière fois.
Puis elle tourna les yeux vers David.
Sa voix était faible.
Elle lui murmura quatre mots :
— Ne le laisse pas seul.
David se pencha vers elle.
Il savait qu’elle parlait de moi. Il savait que j’étais devenu une partie importante de leur vie, mais il ne pouvait probablement pas imaginer à quel point ces mots allaient prendre de l’importance.
Clare me regarda.
Je sentis sa main se resserrer légèrement sur mon pelage.
Je ne savais pas qu’il s’agissait de nos derniers instants ensemble.
Je ne savais pas non plus ce qu’elle voulait dire au-delà de cette demande : prendre soin de moi, ne pas me laisser seul après son départ.
Je voulais simplement rester près d’elle.
À 5 h 47 du matin, la maison changea.
Le calme devint absolu.
Clare ne bougeait plus.
Je me redressai sur son corps et regardai son visage.
J’attendis un mouvement.
Un souffle.
Le moindre signe qui me permettrait de retrouver cette femme dont la présence avait toujours donné un sens à mes journées.
Mais rien ne venait.
Alors je poussai un cri aigu.
Un cri qui traversa la pièce et réveilla David de son épuisement.
Il se leva précipitamment, se pencha sur Clare et comprit que sa femme venait de mourir.
Je ne savais pas ce que signifiait la mort.
Je savais seulement que la personne qui m’avait sorti de la boue ne répondait plus.
Je ne pouvais plus me blottir contre son cou.
Je ne pouvais plus attendre sa voiture devant la fenêtre.
Je ne pouvais plus entendre sa voix m’appeler Butter.
Je restai près d’elle, incapable de comprendre pourquoi le monde venait de devenir si silencieux.
Et David, à côté de moi, commença à pleurer.
Après les funérailles, la maison ne fut plus jamais la même.
Les objets de Clare étaient toujours là. Ses affaires, ses photos et les petits détails de son quotidien semblaient attendre son retour.
Mais elle ne revenait pas.
David marchait dans les pièces sans vraiment les regarder. Certains jours, il s’asseyait pendant de longues minutes devant la fenêtre. D’autres fois, il restait dans la chambre, la porte fermée, incapable de supporter les souvenirs.
Je voulais l’aider.
Je connaissais cette douleur de l’absence, même si je ne pouvais pas la comprendre comme un humain.
Je cherchais sa présence comme je cherchais celle de Clare. Je venais près de lui, je frottais ma tête contre sa main et j’essayais de m’installer sur ses genoux.
Mais David me repoussait.
Au début, je pensais qu’il était simplement trop triste.
Puis je remarquai qu’il me regardait avec une expression différente.
Il ne voyait plus seulement le chaton que Clare avait sauvé.
Il revoyait la maladie.
Il se souvenait de mes nuits passées contre le ventre de sa femme, de mes miaulements répétés et de cette manière que j’avais eue de revenir toujours au même endroit.
Peut-être se demandait-il pourquoi je m’étais comporté ainsi.
Peut-être ressentait-il une colère qu’il ne savait pas où déposer.
Peu à peu, sa douleur se transforma en reproche.
Lorsque je m’approchais de lui, il détournait les yeux.
Lorsque je montais sur le canapé, il me faisait descendre.
Et, certaines nuits, il verrouillait la porte de sa chambre pour ne pas me laisser entrer.
Je restais alors devant le bois froid, attendant qu’il m’ouvre.
Je ne voulais pas lui faire de mal.
Je voulais simplement retrouver l’homme qui m’avait nourri au milieu de la nuit, celui qui avait accepté de devenir mon papa malgré ses protestations.
Je voulais retrouver ma famille.
Mais David ne supportait plus ma présence.
Il croyait que je lui rappelais la maladie de Clare.
Il ne comprenait pas encore que je cherchais seulement à ne pas le perdre, lui aussi.
