La troisiĂšme nuit, il faisait particuliĂšrement froid.
Lâhorloge indiquait 3 h 42 lorsque mon humain sâest assis sur les marches du perron.
Je ne savais pas encore quâil Ă©tait lĂ .
Je ne savais mĂȘme pas quâil avait arrĂȘtĂ© de chercher quelques instants.
Puis jâai entendu quelque chose.
Une voix.
Une voix que je connaissais mieux que nâimporte quel bruit au monde.
Mon humain avait pris un livre.
Le mĂȘme genre de livre.
Et il a commencé à lire.
Ă voix haute.
Dans la nuit.
Sa voix tremblait légÚrement.
Mais je lâai reconnue immĂ©diatement.
Je me trouvais sous la haie dâun voisin.
Mon corps était froid.
Ma fourrure était humide.
JâĂ©tais Ă©puisĂ©.
Mais cette voixâŠ
Cette voix mâa rappelĂ© le canapĂ©.
Le tapis.
La chaleur.
La main qui ne mâavait jamais forcĂ© Ă sortir.
La premiĂšre nuit oĂč jâavais osĂ© grimper sur une poitrine.
Le premier ronronnement.
Jâai avancĂ© la tĂȘte.
Puis une patte.
Je me suis arrĂȘtĂ©.
Jâai regardĂ© dans la direction de la maison.
Mon humain continuait Ă lire.
Alors jâai fait quelque chose que je nâavais pas rĂ©ussi Ă faire depuis trois jours.
Jâai marchĂ© vers lui.
Lentement.
TrĂšs lentement.
Jâai traversĂ© lâherbe mouillĂ©e.
Mes pattes étaient sales.
Ma fourrure était couverte de boue.
Puis mon humain mâa aperçu.
Il sâest arrĂȘtĂ© de lire.
Nos regards se sont croisés.
Je nâai pas attendu.
Jâai couru.
Je suis monté directement sur ses genoux.
Jâai enfoui mon visage sous son menton.
Et jâai ronronnĂ©.
Aussi fort que possible.
Mon humain mâa serrĂ© contre lui.
Je sentais son corps trembler.
Puis jâai senti quelque chose tomber sur ma fourrure.
Des larmes.
Cette fois, je nâavais plus peur.
JâĂ©tais rentrĂ©.
Nous sommes restés longtemps assis sur ces marches.
Je ne voulais plus bouger.
Mon humain non plus.
Il me caressait doucement.
Encore et encore.
Comme si ses mains avaient besoin de vĂ©rifier que jâĂ©tais rĂ©ellement lĂ .
Moi, je gardais mon visage contre lui.
Je pouvais entendre son cĆur.
Il battait vite.
Le mien aussi.
Mais cette fois, ce nâĂ©tait pas la peur.
CâĂ©tait le soulagement.
Je crois que nous avions tous les deux compris quelque chose cette nuit-lĂ .
On peut aimer quelquâun trĂšs fortâŠ
Et pourtant avoir peur.
On peut avoir une maisonâŠ
Et malgré tout se sentir perdu.
On peut ĂȘtre devenu un grand chat de quatorze livresâŠ
Et rester, au fond de soi, le petit animal qui avait autrefois fermé les yeux derriÚre des pots en terre.
Depuis cette nuit, je nâaime plus beaucoup les portes ouvertes lorsque le ciel gronde.
Je cherche toujours mon humain lorsquâun bruit me fait sursauter.
Et lorsque la maison devient silencieuse, jâaime encore venir mâinstaller prĂšs de ses pieds.
Parfois, il me regarde et sourit.
Je sais ce quâil pense.
Il se souvient du petit chaton roux qui ne voulait mĂȘme pas sortir de sous le canapĂ©.
Moi aussi, je me souviens.
Je me souviens de la boĂźte Ă chaussures.
De lâancienne Ă©charpe.
Des dix nuits.
De 23 h 43.
Et de cette voix qui lisait simplement un livre dans le noir pour me montrer quâelle ne partirait pas.
