Je suis arrivé au parc avec un seul désir : retrouver ce que j’avais perdu.
Je connaissais le chemin. Mes pattes avançaient presque toutes seules, guidées par des souvenirs que je n’arrivais pas à oublier.
J’ai reconnu les arbres. L’herbe. Le petit coin où mes humains étendaient toujours la couverture.
Je me suis approché lentement.
J’ai regardé autour de moi.
Personne.
Pas de couverture, pas de petit garçon qui remuait les jambes en riant, pas de voix douce qui m’appelait.
Pourtant, je suis resté.
Peut-être que j’étais arrivé trop tôt.
Peut-être que mon ami viendrait plus tard.
Je me suis couché dans l’herbe, exactement à l’endroit où nous passions tant de moments heureux. Puis j’ai posé ma tête sur mes pattes.
Mais quelque chose manquait.
Alors, je suis retourné chercher son lapin en peluche.
Je l’ai pris délicatement dans ma gueule et je suis revenu au parc. Je ne sais pas si je croyais que ce petit jouet allait faire apparaître mon ami, ou si je voulais simplement retrouver son odeur près de moi.
Je savais seulement que ce lapin lui appartenait.
Et que, lorsque je le gardais près de moi, j’avais l’impression de retrouver une petite partie de lui.
Je me suis installé dans l’herbe, le lapin sous ma tête, et j’ai attendu.
J’ai attendu comme je l’avais fait tant de fois lorsque mon petit humain s’endormait sur sa couverture.
J’ai attendu le bruit de ses pas.
J’ai attendu son rire.
J’ai attendu ce petit mouvement qui m’aurait fait relever la tête, remuer la queue et courir vers lui.
Mais le temps passait, et personne ne venait.
Je ne savais pas que mes humains me cherchaient. Je ne savais pas qu’ils étaient terrifiés à l’idée de m’avoir perdu à leur tour.
Je ne savais pas non plus qu’ils allaient bientôt me découvrir là, couché dans l’herbe, serrant contre moi le lapin en peluche de leur enfant.
Ils allaient comprendre que je n’étais pas simplement parti me promener.
J’étais retourné à l’endroit où mon petit garçon avait été heureux.
Et, dans mon esprit de chien, peut-être espérais-je encore qu’il finirait par revenir.
Mes humains m’ont retrouvé au parc.
Je ne les ai pas entendus tout de suite. J’étais couché dans l’herbe, le lapin en peluche sous ma tête, entouré par le calme de cet endroit que j’associais à tant de souvenirs heureux.
Lorsqu’ils se sont approchés, j’ai levé les yeux.
Je les ai reconnus immédiatement.
Mais quelque chose, dans leurs visages, m’a fait comprendre que leur douleur n’avait pas disparu.
Ils se sont arrêtés devant moi.
La femme a porté une main à sa bouche. L’homme a serré sa main dans la sienne. Ils ont regardé le jouet, puis moi, sans parvenir à retenir leurs larmes.
Je ne comprenais pas pourquoi ils pleuraient davantage en me voyant ainsi.
Je voulais seulement rester près de ce qui me rappelait notre petit garçon.
La femme s’est agenouillée dans l’herbe et m’a caressé doucement. Je n’ai pas bougé. J’ai laissé ma tête reposer près de sa main, comme si nous pouvions partager un peu de cette tristesse que nous ne savions pas exprimer.
Elle a pris le lapin en peluche avec précaution, puis l’a reposé près de moi.
Et, pendant un instant, nous sommes restés tous les trois sans bouger.
Je crois que mes humains ont compris, ce jour-là, que je cherchais moi aussi mon petit garçon.
Ils savaient que je ne pouvais pas comprendre la mort comme eux. Ils savaient que je ne pouvais pas saisir pourquoi une personne que j’aimais tant ne reviendrait plus.
Mais ils voyaient mon attente.
Ils voyaient que j’étais retourné là où nous avions partagé tant de moments heureux, avec le seul objet qui me rappelait si fortement mon ami.
Ils ne pouvaient pas me ramener mon petit humain.
Et ils ne pouvaient pas effacer leur propre douleur.
Mais, en me retrouvant là, ils ont peut-être compris qu’ils n’étaient pas seuls dans leur chagrin.
Moi aussi, je ressentais son absence.
Moi aussi, je cherchais sa présence dans les endroits familiers.
Moi aussi, j’avais besoin de temps.
Alors, ils m’ont ramené à la maison.
Je suis remonté dans la voiture avec eux, le lapin près de moi. La route du retour était silencieuse, mais cette fois, nous étions réunis.
La maison était toujours vide de son rire.
Pourtant, nous étions encore une famille.
