Un jour, mon humain me regarda et décida que je ne pouvais pas rester une petite inconnue sans nom.
Il m’appela Nema.
J’aimais entendre ce son sortir de sa bouche. Je ne comprenais pas encore toutes les subtilités de son langage, mais je commençais à reconnaître les intonations, les habitudes et les moments où il s’adressait directement à moi.
Nema.
C’était moi.
La petite chatte trouvée dans un parc.
La minuscule survivante qui avait besoin d’aide.
Mais, désormais, j’étais aussi quelqu’un dans la vie de cet homme.
Il finit par se déclarer officiellement mon papa.
Et, franchement, je trouvais que ce rôle lui allait très bien.
Il s’inquiétait lorsque j’étais fatiguée. Il faisait attention à ma nourriture. Il veillait à ma sécurité et prenait le temps de me rassurer lorsque quelque chose m’effrayait.
Il avait appris à reconnaître mes petites expressions et mes habitudes. De mon côté, je découvrais que je pouvais compter sur lui.
Quand il s’asseyait, je cherchais sa proximité.
Quand il me parlait, je tournais la tête vers lui.
Quand il approchait ses mains, je ne voyais plus seulement un inconnu susceptible de me faire peur. Je reconnaissais les mains qui m’avaient sortie du parc et qui avaient pris soin de moi lorsque j’étais trop faible pour me débrouiller seule.
Je n’étais pas devenue courageuse parce que le monde n’avait plus aucun danger.
J’étais devenue plus sereine parce que je n’avais plus à affronter chaque difficulté toute seule.
Et cela changeait tout.
Mon papa voulait me faire découvrir le monde, mais il savait qu’il devait le faire sans compromettre ma sécurité.
Les rues étaient pleines de voitures. Les bruits pouvaient surgir de partout. Les lieux publics étaient parfois bondés, et un chaton qui se retrouvait soudainement au milieu d’une foule pouvait facilement se perdre ou être blessé.
Il eut alors une idée.
Il m’acheta un sac à dos transparent, conçu pour transporter un animal.
À l’intérieur, je pouvais observer les alentours tout en restant installée dans un espace prévu pour moi. Mon papa veillait à ce que le sac soit adapté, bien ventilé, correctement fermé et confortable. Il faisait attention à la température et à la durée des sorties, afin que je puisse découvrir de nouvelles choses sans être exposée inutilement aux dangers.
La première fois que je me retrouvai dans ce petit sac, j’étais intriguée.
Je voyais les mouvements de la rue. Les arbres semblaient défiler derrière la paroi transparente. Les gens passaient, les voitures circulaient et les bruits de la ville se mélangeaient.
Mais je pouvais toujours sentir la présence de mon papa.
Il était juste là.
Je n’avais pas besoin de courir après lui ni de me frayer un chemin parmi les passants. Je pouvais simplement regarder.
Au fil du temps, ces sorties devinrent de petites aventures.
Je découvris des endroits nouveaux, observai les passants et profitai de ces moments où le monde s’ouvrait devant moi.
Je n’étais plus le chaton blessé qui regardait les gens passer sans savoir si quelqu’un s’arrêterait.
J’étais Nema, la petite voyageuse qui avait désormais un compagnon pour lui faire découvrir la vie.
Et je commençais à comprendre que l’aventure était encore plus belle lorsqu’on pouvait la partager avec quelqu’un qui prenait soin de vous.
