Quelques heures plus tard, mon nouveau compagnon s’arrêta devant une épicerie.
Il m’installa en sécurité avant de descendre du véhicule. J’étais encore faible, désorientée et incapable de comprendre ce qui m’arrivait.
Je l’observai s’éloigner.
Allait-il revenir ?
Cette question me traversa sans que je puisse y répondre. J’avais déjà connu la solitude. Je savais que les êtres humains pouvaient disparaître sans prévenir.
Je me recroquevillai dans mon petit coin et attendis.
L’homme était entré dans le magasin avec une idée très simple : acheter de la sauce pour ses pâtes.
C’était tout.
Du moins, c’est ce qu’il avait prévu.
Mais lorsqu’il ressortit, ses bras étaient chargés de sacs.
Des sachets de nourriture pour chaton. Des boîtes de pâtée. Des provisions. Des accessoires destinés à prendre soin d’un petit animal.
Il resta un instant à regarder ses achats, comme s’il découvrait lui-même ce qu’il venait de faire.
— Je déteste les chats, marmonna-t-il encore.
Pourtant, il venait d’acheter de quoi nourrir l’un d’eux.
Moi.
Quand il revint près du véhicule, je levai la tête. Il s’approcha doucement et sortit de la nourriture.
L’odeur me parvint immédiatement.
Mon ventre se contracta.
J’avais tellement faim.
Je m’approchai avec hésitation, reniflant d’abord ce qu’il me présentait. Puis je commençai à manger, d’abord prudemment, ensuite avec toute l’énergie que mon petit corps pouvait encore rassembler.
L’homme me regardait en silence.
Je ne savais pas ce qu’il pensait. Peut-être se demandait-il comment il allait s’occuper de moi. Peut-être regrettait-il déjà d’avoir bouleversé ses projets.
Mais il ne retira pas la nourriture.
Il me laissa manger.
Et lorsque je relevai enfin la tête, rassasiée pour la première fois depuis longtemps, il était toujours là.
Ce détail comptait plus que je ne pouvais l’imaginer.
Il était revenu.
Il m’avait nourrie.
Il ne m’avait pas abandonnée une seconde fois.
Je ne savais pas encore si je pouvais lui faire confiance. Mais, dans ce désert immense, cet homme qui prétendait détester les chats venait de devenir la première personne sur laquelle je pouvais peut-être compter.
Il fallait maintenant s’occuper de moi.
Mon sauveur avait beau affirmer qu’il n’était pas un homme à chats, il avait rapidement compris que je ne pouvais pas continuer à vivre couverte de poussière, avec le pelage emmêlé et les oreilles sales.
Il décida donc de me donner mon premier bain.
Je dois vous avouer quelque chose : nous n’avions absolument pas la même définition du mot « aide ».
Pour lui, un bain était probablement une opération simple et raisonnable.
Pour moi, c’était une catastrophe monumentale.
Dès que l’eau toucha ma fourrure, je protestai de toutes mes forces. Je me tortillai, agitai mes petites pattes et lui lançai des regards indignés qui auraient pu faire réfléchir n’importe quel être humain.
Il essayait de me maintenir doucement, tout en faisant attention à ne pas me faire mal.
— Allez, petite… Ce n’est pas si terrible.
Pas si terrible ?
Je me demandais s’il avait déjà essayé de se faire arroser alors qu’il était aussi petit, aussi fatigué et aussi peu convaincu de la bienveillance du monde.
Je protestai encore.
Il soupira.
Je protestai plus fort.
Et, pendant quelques minutes, le désert tout entier sembla résonner de mes plaintes.
Le nettoyage de mes oreilles ne se passa pas beaucoup mieux. Chaque fois qu’il approchait sa main, je tournais la tête avec une indignation spectaculaire.
L’homme qui disait détester les chats découvrait manifestement qu’un chaton pouvait avoir beaucoup de caractère.
Pourtant, il ne s’énerva pas contre moi.
Il prit son temps, s’arrêta lorsque j’en avais besoin et continua avec précaution.
Peu à peu, je compris que ses gestes n’étaient pas destinés à me faire du mal.
Il essayait simplement de m’aider.
Lorsque le bain fut terminé, il m’enveloppa dans une serviette et me sécha délicatement. La chaleur du tissu m’apaisa. Je pouvais enfin respirer sans sentir la poussière collée à ma peau.
Je levai les yeux vers lui.
Il me regardait avec une expression que je ne lui connaissais pas encore.
Il y avait de la fatigue, certainement. Un peu de perplexité aussi.
Mais je crus reconnaître quelque chose d’autre : une tendresse qu’il n’avait peut-être pas prévu de ressentir.
Je ne m’enfuis pas.
Au lieu de cela, je restai près de lui.
Et, sans le savoir, je venais de faire mon premier pas vers la confiance.
