Les jours passèrent.
Puis les semaines.
Je commençais à connaître ses habitudes.
Il se levait lorsque j’ouvrais ma porte.
Il me regardait préparer son repas.
Il mangeait tranquillement.
Mais dès qu’il avait terminé, il retournait à sa place.
Toujours face à la route.
Je m’étais parfois assise à côté de lui.
— Tu attends quelqu’un, Benny ?
Il ne répondait évidemment pas.
Il continuait simplement à regarder les voitures passer.
Certaines ralentissaient.
D’autres filaient sans même le remarquer.
À chaque bruit de moteur, ses oreilles se dressaient.
À chaque voiture qui apparaissait au bout de la rue, il levait la tête.
Parfois, il se redressait complètement.
Son regard devenait vif.
Pendant quelques secondes, je pouvais voir l’espoir traverser son visage.
Puis la voiture passait.
Et Benny se rasseyait.
Je ressentais chaque fois une petite douleur dans la poitrine.
Je connaissais cette sensation.
Moi aussi, j’avais attendu quelqu’un.
Après la mort de mon mari, il m’était arrivé de regarder machinalement la porte lorsque j’entendais une clé tourner dans la serrure.
Pendant quelques secondes, mon cœur croyait qu’il était revenu.
Puis la réalité revenait.
La maison redevenait silencieuse.
Peut-être que Benny vivait quelque chose de semblable.
Peut-être qu’il croyait encore que ses humains reviendraient.
Alors je continuai de le nourrir.
Un matin d’été, je lui apportai même une couverture.
Je l’avais installée sous l’auvent pour qu’il puisse s’allonger confortablement.
Il s’en approcha, la renifla et s’y coucha.
Mais même allongé, ses yeux restaient fixés sur la route.
— Tu peux te reposer, mon vieux, lui dis-je doucement. Je suis là.
Il tourna légèrement la tête vers moi.
Puis il regarda encore la route.
Je ne savais pas combien de temps il avait attendu.
Je ne savais pas ce qu’il avait vécu.
Mais je savais une chose.
Il n’attendait pas n’importe qui.
Il attendait sa famille.
Et un matin, quelque chose arriva.
Une voiture apparut au bout de la route.
Benny se leva immédiatement.
J’étais sur ma terrasse avec ma tasse de café.
Je vis son corps se tendre.
Ses oreilles se dressèrent.
Sa queue se mit à remuer.
Puis il partit en courant.
Pour la première fois depuis que je le connaissais, je le vis courir avec autant de joie.
Il courait vers la voiture.
Et moi, je souriais.
Je pensais que son attente touchait enfin à sa fin.
Je me trompais.
