Eleanor menait une vie tranquille depuis la disparition de son mari Howard. Ventes de charité à l’église, bénévolat à l’épicerie solidaire… le silence de la maison lui suffisait. Jusqu’à ce samedi d’avril où une voix familière a prononcé son prénom dans son dos.
C’était Garrett. Cinquante-trois ans plus tard, le même sourire en coin qu’au lycée. Ils ont ri aux larmes entre les brownies et le pichet de thé glacé. Il lui a proposé un café, elle a réclamé aussi une part de tarte « si tu te sens généreux ». Dès le lendemain, les questions de son amie Marlène ont fusé. Évidemment.
Six mois de rendez-vous du mardi plus tard, Garrett s’est retrouvé sur le pas de sa porte avec une demande en mariage et une promesse de bague à venir. Eleanor a dit oui. Pas pour la grande maison ni pour la fortune dont ses enfants chuchotaient. Elle a dit oui parce qu’elle se souvenait du garçon qui la raccompagnait sous la pluie.
Une belle-famille qui cache mal son jeu
Le dîner de fiançailles chez Garrett a donné le ton. Margaret, la fille, l’a enlacée avec les bras mais pas le cœur. Daniel, le fils, lui a serré la main comme à une inconnue. « Tellement heureuse de vous rencontrer », a dit la belle-fille, sourire poli mais regard de marbre.
Les semaines suivantes ont confirmé les premières impressions. Remarques sur sa tenue, questions déplacées sur ses droits à l’héritage… Garrett recadrait à chaque fois, fermement. « Eleanor n’est pas un sujet de discussion. C’est ma femme. » Mais la tension restait, sourde et persistante.
Eleanor remarquait aussi les appels discrets de Garrett dans son bureau, les papiers qu’il rangeait précipitamment, un certain « Whitfield » mentionné à voix basse. « Je m’assure juste que tout est bien ficelé. Tu seras toujours en sécurité », lui disait-il. Elle n’a pas insisté. Elle aurait dû.
